
Albeiro Vargas vit à Bucaramanga, cinquième ville de Colombie, située à 350 kms au nord de Bogota. Ville moderne qui, avec sa banlieue, compte plus d’un million d’habitants. Ville de commerce et d’industrie, où il fait pourtant bon vivre.
Pourtant, comme de nombreuses grandes métropoles sud américaines, Bucaramanga est un mélange de modernisme et d’archaïsme, de grande richesse et de plus profonde misère.Si le centre de la ville est riche, relativement tranquille et sûr, les quartiers qui l’entourent sont l’image de la désespérance et de l’abandon. On n’y vit pas, on y survit… et l’on y meurt, parfois violemment.
Des milliers de paysans, chassés des campagnes par la violence et la guerrilla, sont venus s’y amonceler. Certains travaillent et peuvent peut-être « en sortir ».Mais souvent, chacun essaie de gagner, « en ville », quelques pesos qu’il ramène, le soir, pour nourrir une famille souvent nombreuse. Malheur aux personnes trop âgées ou malades, qui risquent d’être abandonnées à leur triste sort…
A moins qu’elles ne rencontrent Albeiro Vargas..
Cinquième ville de Colombie, située sur un plateau, c’est une cité ultra moderne, à vocation commerciale et industrielle. Avec « la ceinture », elle compte plus d’un million d’habitants, et elle croît chaque jour.Malgré les terribles difficultés du pays, malgré les misères qui l’assaillent, Bucaramanga est une ville agréable, au climat tempéré, parsemée de parcs, de jardins et de places ombragées.
On l’appelle « La Ciudad bonita ».
La ville est bordée de rudes quartiers qui se sont construits de façon souvent anarchique, dans les contreforts du plateau. Ciudad Norte est une de ces zones, où l’on se rend avec méfiance et grande précaution.
A l’entrée du barrio, des rues et des bâtiments bien élaborés, des maisonnettes en dur, des petits commerces… Une vie « modeste », mais presque normale.
La famille d’Albeiro y a sa petite maison, pauvre, mais bien construite, solide. Plus loin cependant, d’autres n’ont pas cette infime chance. La misère, la guerre, la violence ont chassé les gens des campagnes, qui sont venus s’amonceler en bordure de ville.
Depuis des années, il s’en ajoute des dizaines, chaque jour. Des milliers de cahutes, faites de briques chapardées, de bois, de cartons et de vieux débris, s’accrochent aux rudes pentes du plateau, à perte de vue. On les appelle « ranchitos ». Parfois, un glissement de terrain emporte plusieurs vies. Partout, la misère engendre la violence, la délinquance « de droit commun », les trafics divers, la prostitution. La peur, la désespérance, la maladie et la mort y sont permanentes. Chacun se défend comme il peut. Avec le conflit qui ravage le pays, « la Guerrilla » y a grand droit de cité. Les autorités font ce qu’elles peuvent, l’armée surveille, mais l’insécurité est reine, et souvent, des coups de feu claquent…
Tout autour de Bucaramanga, s’étendent ces quartiers terribles. On le sait. On n’y va pas. Aujourd’hui, si vous demandez à un chauffeur de taxi de vous amener dans le quartier où vit Albeiro, il vous regarde, étonné, et vous demande « Vous en êtes sûr ? »