
Très vite, Albeiro s’est rendu compte qu’il ne pouvait tout faire. Le groupe des abuelitos s’était agrandi et la tâche s’avérait immense. Le gamin eut donc l’idée de prendre avec lui des enfants du quartier, pour l’aider dans son action. Ce ne fut pas facile car « il ne payait pas », mais bien vite on vit se former un petit groupe d’une douzaine de gosses qu’Albeiro baptisa fièrement « los Angeles Custodios », les Anges-gardiens. Sous les directives de leur chef, les enfants visitaient les vieillards, leur apportant nourriture et chaleur humaine, consolant les pauvres solitudes, d’un sourire ou d’une petite main tendue, tout simplement.
Au fil des ans, le nombre des Anges Gardiens a varié, mais tous avaient la même vocation : « Aider et partager ». Certains ne faisaient que passer, d’autres progressaient, devenant presque « d’autres Albeiros ».
Aujourd’hui, les petits Anges ne vont plus dans les quartiers, car l’insécurité y fait rage. C’est donc au « Coin de France » que viennent les jeunes enfants, après l’école, pour participer à toutes les activités proposées aux abuelitos, partageant avec eux, à la fois « sagesse et insouciance ». En un mot.. la Paix.
Albeiro a huit ans. Très vite, le groupe de ses « petits vieux » a grandi. Ne pouvant assumer toutes les tâches, tous les projets qu’il avait, il lui vint l’idée de « recruter » des enfants du quartier, pour l’aider dans son action. Un beau jour, il réunit une soixantaine de gamins et leur exposa le travail à faire. « Combien tu nous paie, pour cela ? » demandèrent certains. Bien entendu, « Il n’y aura rien ! ». Alors on se moqua de lui, et beaucoup s’en allèrent en rigolant et en insultant. Mais à la fin de la réunion, ils étaient une douzaine de gosses, qui voulaient bien aider. Albeiro les appela « Los Angeles Custodios »
On vit alors cette bande de gamins courir les rues escarpées du quartier, entrer dans les sombres cabanes de bois et tôles enchevêtrées, apporter à manger aux paralytiques, ou laver à grande eau une petite vieille, sur le pas de sa porte. On les verra nettoyer les baraques, secouer les tristes paillasses, brûler les hardes pourries. On verra leur sourire, leur pureté d’enfant, au service de ceux qui n’avaient plus rien.
A leur tête, Albeiro courait de tous côtés, soignant, caressant, rassurant.
A neuf ans, il était le général d’une armée dépenaillée, qui répandait la douceur et l’amour autour d’elle. Une armée de Paix, et « de Solidarité vraie »…
Tout au long de ces années, Albeiro a toujours mis un soin particulier au bien-être de ceux qui l’aident.
Comme il ne peut « salarier » les Anges Gardiens, malgré tout le travail qu’ils fournissent, il prend en charge leur scolarité, leur nourriture et leur santé, de même qu’une tenue par an, afin que l’on sache bien que… ce sont les « Angeles custodios » de la fondation Albeiro Vargas. En échange, les enfants, outre le fait d’être présents auprès des abuelitos, doivent se montrer en progrès constants, dans leur scolarité.
Vingt ans après, c’est un véritable processus de formation, par étapes bien précises, qui permet à une cinquantaine d’enfants des quartiers à savoir s’occuper de leurs grands-parents. En parallèle, la Fondation a mis en place un programme d’information aux familles, afin qu’elles gardent bien leurs Anciens auprès d’elles.
Aujourd’hui, les « premiers » Anges Gardiens sont devenus des adultes. Les petites filles sont devenues mères de famille, parfois nombreuse ; les petits garçons ont suivi leur destin. Deux d’entre eux ont même été tués, à la guerre…
Demain, par toute la Colombie peut-être, les Angeles Custodios d’Albeiro Vargas auront fait école, et dans tous les quartiers des grandes villes les Abuelitos et des enfants, propres et serviables partageront le même sourire à la vie.
Demain peut-être !