
Ils sont des milliers, que les familles trop pauvres pour en assumer la charge, ont littéralement abandonnés, jetés à la rue. Ils restent à la maison, mais on les ignore, certains survivent dans de pauvres abris, abandonnés à leur sort, n’attendant que la mort, ou la visite de quelque voleur. Ils n’ont plus rien, mais on essaiera quand même de les voler…
Des fois, on leur jette un vieux bout de pain que leur disputent les chiens.
Des associations, elles aussi très pauvres, essaient de les recueillir, mais les centres d’accueil, dits "de charité", sont de véritables mouroirs, avec des pauvres matelas, à même le sol.
Bien sûr, peut-être une soupe à peu près chaude, mais pas d’hygiène, pas de temps, pas d’argent, pas… de dignité.
Alors, le regard vide, les petits vieux reprennent la route, celles qui les mènera à quelque trou noir, au fond de quelque quartier… C’est ainsi ! L’Etat, qui a tant de démons, de misères à combattre, se donne des priorités… et les "abuelitos" n’en font pas partie.
Et puis un jour, dans le quartier de Ciudad Norte… on a entendu parler d’un enfant qui s’occupait des abuelitos, les faisaient chanter, danser… leur "redessinaient un sourire"…
Il n’y a pas plus doux, plus éduqué, plus accueillant…et plus pacifique, que le peuple colombien. Cependant, comme tout autre, il est fier et susceptible. On ne joue pas avec son honneur.
Alors, souvent, la misère qui l’étreint le pousse à de terribles excès dont se repaissent les médias, donnant à l’étranger une image terrible du pays tout entier…
Les familles sont nombreuses, souvent accablées de misère. Cependant, on doit survivre et pour cela, tous doivent collaborer à la vie commune. C’est ainsi que l’on voit de tout petits enfants nettoyer des pierres tombales, dans les cimetières ; briquer les taxis ou les bus…
bref, faire de multiples petits jobs, dont les quelques pesos rapportés aideront la famille toute entière. Des mères achètent un paquet de cigarettes et se postent à un carrefour, vendant les cigarettes, une à une. Le maigre bénéfice servira à se racheter un paquet « pour demain », et un peu de riz, « pour ce soir »…
C’est ainsi ! Chacun doit rapporter sa part…
Bien sûr, certaines activités sont beaucoup moins honorables. Ici, le vol, la prostitution, la drogue sont monnaie courante… On se débrouille, et on survit comme on le peut… Hélas, ceux qui sont malades, ou trop vieux, paient le plus lourd tribut à tant de détresse. Ne pouvant les nourrir, ni les confier à des institutions privées « faites par des riches, pour des riches », les familles jettent parfois leurs abuelitos, leurs propres grands parents ou parents… à la rue, où ils vont errer ainsi, jusqu’au souffle dernier.
On peut voir des petits vieux, cachés sous des escaliers, ou recroquevillés contre un mur. Partout le même visage, le même regard… ceux de la solitude extrême. Albeiro a même recueilli une « abuelita », qui dormait au cimetière, sur une pierre tombale… Certains restent à la maison, mais sont reclus dans un coin obscur, totalement ignorés du reste de la famille.
C’est sur cette population que s’est porté tout l’amour d’un gamin de six ans…