
Au cours de l’année 1997, la violence quotidienne redoubla, dans les quartiers, et Albeiro en avertit ses amis Français : Il fallait "déménager" !
En France, on accueillit la nouvelle avec grande inquiétude, au souvenir de tous les sacrifices consentis, depuis 1992, afin de construire et faire fonctionner "La Casa de los Recuerdos" et "el Rincon de Francia".
A cette période, l’association "Un coin de Colombie" finançait près des 75% de son fonctionnement. Pourtant, "le Destin" et l’incroyable sincérité du jeune Colombien firent encore une fois des merveilles. Après maintes discussions et à la vue de l’œuvre réalisée, un riche propriétaire, très âgé, fut ému et accepta un échange "symbolique" : Le centre du "Coin de France" contre une propriété, très étendue, très sécurisée, aux portes du quartier, qui permettrait à Albeiro de développer ses projets.
Les "négociations" durèrent presque un an, mais en 1999, un nouveau "Coin de France" été né, qui n’avait plus rien à voir avec le précédent. Vaste, verdoyant, ombragé, il allait devenir un véritable havre de paix, qu’Albeiro Vargas allait aménager selon ses idées et son expérience, pour le confort et la tranquillité de ses petits vieux.
Désormais "vitrine" de la vocation et de l’œuvre entière d’Albeiro, le "Coin de France" reçoit actuellement près de cent cinquante personnes par jour...
Fin 1997, il arriva un de ces miracles que ne peuvent vivre que ceux qui ont la conviction, ceux que rien ne peut arrêter dans la mission qu’ils se sont fixée. Albeiro est de ceux-là… Pourtant, l’histoire débutait bien mal : La l’insécurité et la violence avaient augmenté, dans le quartier. Un abuelito avait été blessé, des enfants, menacés ; « La Casa de los recuerdos » avait été plusieurs fois cambriolée ». Albeiro décida qu’il était impossible de continuer ainsi. « Il faut déménager ! Trouver quelque chose de plus sûr ! » En France, cela causa grande préoccupation, et certains même s’insurgèrent contre ce projet. Des divisions se firent jour, au sein de l’Association. Albeiro s’en rendit bien compte et tint à rassurer ses amis. « J’ai un projet, et je crois que je pourrai réussir… si Dieu le veut ! » A quelques centaines de mètres de « la Casa de los Recuerdos », mais en limite du quartier et, bien protégée par des bâtiments publics voisins, qui sont gardés jour et nuit… une « finca » … une propriété, pleine de verdure et de fraîcheur. Elle est vide, fermée depuis longtemps, parce que son riche propriétaire ne peut y vivre, à cause de l’insécurité. Cet homme est âgé, et quand Albeiro va le voir, il comprend bien son œuvre et son projet. Dans un premier temps, il demande une forte somme, mais, peu à peu, le charisme, la conviction d’Albeiro et la réalité de l’oeuvre accomplie vont émouvoir le vieil homme. Il finira par céder sa propriété… en échange du « Coin de France », où il pense installer un foyer pour « los gamines de las calles », les gosses des rues. C’est ainsi qu’est né le nouveau « Coin de France » Albeiro, bien sûr, à force de conviction, de détermination, parvint à obtenir une subvention officielle, qui lui permit de « remodeler » la propriété « à sa façon », en fonction des besoins et des activités à y développer. (Cette subvention ne tombait pas du ciel. En fait, elle était la reconnaissance d’une mission qu’Albeiro avait pris en charge, deux ans durant : Lui qui n’avait rien, avait été chargé de gérer de grosses sommes, pour la distribution de matériel et denrées « de premier secours » à 3000 familles pauvres de Bucaramanga) Peu à peu, la grande ferme devint un vrai « centre de vie » pour personnes âgées. Les bâtiments furent reconstruits, réhabilités. Dans la grande maison coloniale, on installa une grande salle « multifonctions », des dortoirs spacieux, des cuisines modernes, des ateliers, des lieux de repos, le tout relié par des galeries ombragées. Tout autour, la verdure, la paix, la sécurité. Le nouveau « Rincon de Francia », (Coin de France) devenait la véritable « vitrine » de l’œuvre d’Albeiro Vargas, un jeune Colombien qui, sans grands moyens ni grands diplômes, avait voué sa vie à « sauver » celle des autres, de ceux qu’on ne regardait plus, et qui n’attendaient que la mort. Rapidement, la finca devint une fourmilière d’activité. Tous les jours, une centaine de petits vieux venaient passer la journée, partageant repas et activités avec les petits anges gardiens qui venaient les rejoindre, après l’école. De son côté, Albeiro redoubla d’énergie… et d’imagination.