
Depuis 1999, le centre de vie que dirige Albeiro Vargas, est une fourmilière de vie et de bonne humeur. Bien sûr, on ne mange pas tous les jours à sa faim, et les problèmes sont nombreux. Chaque semaine voit partir « un ancien », qui parfois, était avec Albeiro depuis des années. Pourtant, le temps passe paisiblement, où l’activité se mêle au repos.
Par nécessité, mais aussi par conviction, Albeiro invite les abuelitos à travailler, à leur rythme et selon leurs possibilités. La surface de la « finca », la ferme «Un coin de France», permet de multiples activités parmi lesquelles l’agriculture vivrière, l’élevage et de multiples ateliers dont les objectifs sont doubles : rapporter quelques finances, aidant au fonctionnement de la structure, mais également démontrer aux abuelitos qu’ils sont encore «actifs» et «utiles à la Société».
Bien entendu, Albeiro rémunère ces activités, mais par crainte de vol ou de gaspillage, il a inventé une monnaie, qui n’a cours que dans son établissement. En un mot, le «Coin de France» est une petite république où chaque jour résonne… la Vie !
Véritable "vitrine" de ce qui peut, et doit se faire, avec des personnes âgées, le Centre de vie d’Albeiro Vargas, à Bucaramamga, est un exemple, non seulement pour la Colombie, où tout est à faire, mais également pour d’autres pays, où l’on croit que «tout est fait».
A l’habitude, Albeiro pense aux activités qui valorisent l’ancien, et aident au fonctionnement de la structure. Certes, il reçoit l’aide de la France, mais pour combien de temps encore ? Certes, l’Etat Colombien lui alloue quelques subventions, comme à d’autres foyers dits « de charité »… mais tellement insuffisantes, au vu des terribles situations rencontrées.
Donc, il faut trouver des solutions…Alors, l’imagination, l’intelligence et l’énergie font le reste. Comme un vrai chef d’entreprise, Albeiro crée, calcule, prévoit, et agit.
Le nouveau « Coin de France » comporte des dépendances où l’on pourra faire de l’élevage, et une grande surface libre où l’on fera de l’agriculture vivrière. Les petits vieux venant tous d’un milieu agricole, ils savent travailler la terre et ils seront donc heureux de revenir à leurs premières activités, à leur rythme et selon leur volonté. De plus, ils pourront « enseigner la terre » aux petits anges gardiens, ce qui resserrera encore ces liens « inter générations » voulus par Albeiro.
On fera de l’élevage de poulets, de lapins, et de cochons. Il y a même une installation pour faire de la pisciculture. On verra plus tard.
Le jardin fournira une grande partie de la nourriture, que l’on complétera par les marchés du samedi, et l’achat du reste.
On pourra vendre une partie des produits de « la Finca », de la ferme. Certes, cela ne rapportera pas beaucoup, aussi, il faut trouver d’autres activités… C’est ainsi que son nés les ateliers occupationnels.
« Le travail, c’est la santé », disait le chanteur… Albeiro propose donc aux abuelitos de travailler, et de participer au fonctionnement de leur centre de vie. Et l’on s’aperçoit que cela marche ! Ils travaillent, ils se sentent utiles, et ils revivent…
Deux actions principales sont mis en place :
L’opération « Galleteros » : les distributeurs de biscuits
L’atelier de récupération et recyclage du papier administratif usager…
Les « Galleteros » : Très simple ! Une planchette vernie, où sont fixés deux bocaux de verre dans lesquels on a entreposé des petits biscuits sablés, achetés en vrac et mis sous sachet plastique par les abuelitos. A côté, une petite tirelire de bois et cette inscription : « Pour les Abuelitos de la Fondation Albeiro Vargas. 200 Pesos. Merci ».
Près de 200 de ces « distributeurs de biscuits » ont été installés dans les commerces, les banques, en tous lieux publics où l’on va, à un moment de la journée, faire une pause café. Ceux qui veulent grignoter quelque chose en buvant leur tinto, mettent volontiers 200 pesos, et prennent un sachet.
Trois fois par semaine, on réapprovisionne les « galleteros », et on vide les tirelires… Les Abuelitos travaillent et sont tenus au courant de la progression du chiffre d’affaire. Simple et efficace.
Le recyclage du papier : Un travail beaucoup plus élaboré. C’est un véritable atelier, avec du matériel acheté grâce à la subvention allouée en 2000, par la Ville de Fontarabie, (en Pays Basque Espagnol) et son maire, auquel Albeiro avait présenté son projet.
Ce projet était simple : Des tonnes de papier sont jetées, chaque jour, dans les poubelles de milliers de bureaux, de commerces … Il s’agit de les récupérer, les recycler et les transformer en cartes de vœux, d’anniversaire ou d’invitation, conçues et décorées par les abuelitos.
Depuis 2001, ces activités aident au fonctionnement du centre, et si l’on sait bien que ces ateliers ne mèneront jamais à une totale autonomie financière de l’œuvre d’Albeiro, ils sont cependant d’une importance primordiale car ils valorisent les personnes âgées, et leurs réalisations. Ils prouvent au monde extérieur, qu’elles sont encore capables de mener à bien des tâches au bénéfice de la Communauté. Les abuelitos mettent tout leur cœur à travailler, certes à leur rythme, mais heureux d’être actifs et dignes. Ils revivent.
Albeiro ne manque aucune occasion de promouvoir cette méthode, et ses résultats. Et pour bien souligner que l’on ne va pas « exploiter » les Abuelitos, Albeiro rémunère le travail. Cependant, un problème se posait, et le jeune directeur y a trouvé solution. A son habitude : réflexion, imagination, action… Comme il avait « une double crainte » s’il les payait en pesos, il a créé une monnaie qui ne circule et n’a cours qu’à l’intérieur de la Finca. Le petit vieux est payé, et lorsqu’il a un besoin matériel précis, Albeiro échange ses gains, à parité avec la monnaie nationale. Ainsi, ses craintes sont effacées : La première étant que l’abuelito aille tout dépenser, tel un enfant. La seconde, que sa propre famille vienne lui dérober ses gains… Un exemple de plus de la créativité bienfaitrice d’Albeiro Vargas.
La Finca, ce nouveau « Coin de France », est aujourd’hui un havre de paix et de douceur de vivre, qui accueille près de 140 ou 150 personnes, chaque jour. A sa tête, un jeune homme et une petite équipe de six employés qu’appuie un groupe d’une douzaine de petits Angeles Custodios. La propreté et la sécurité règnent sur cette petite « République d’Amour », ouverte à tous. En effet, Albeiro invite le public à visiter le centre, en particulier le dimanche, à l’occasion de la messe. Double objectif : permettre, encore une fois, aux abuelitos d’être entourés et valorisés ; puis, démontrer à tous, « qu’avec très peu », on peut faire de grandes choses. Et, afin de bien conforter cette idée, dans les esprits de « La Colombie de demain… », Albeiro multiplie les rencontres et les actions « inter générations », avec la jeunesse de Bucaramanga : Des gamins du quartier aux enfants des collèges, et aux jeunes des universités. Telle est la réalité d’une œuvre qui a commencé lorsqu’un gosse de six ans se mit à donner la main à quelque papi, perdu dans quelque mauvais sentier. Telle est l’histoire d’Albeiro Vargas, qui, aujourd’hui, de par son expérience et sa formation, a vocation de porter plus loin des méthodes qui réussissent à rendre la vie à ceux que tout espoir avait fui. Une histoire qui, grâce à vous, peut-être, ne fait que commencer…